Les exercices les plus insolites que les kinésithérapeutes prescrivent réellement (et pourquoi ils sont efficaces)

Introduction : Pourquoi les programmes d'entraînement à domicile les plus insolites sont souvent les plus efficaces
Un patient peut s'interroger sur un programme d'exercices à domicile faisant appel à des ballons, des miroirs, la marche à reculons ou le fait de ramper sur le sol de la clinique. L'exercice peut paraître étrange, car le mouvement visible diffère de l'objectif clinique visé.
Le lancer de balle permet d'entraîner la proprioception de l'épaule et la stabilité réflexe. La respiration avec résistance permet de mobiliser le volume pulmonaire et de contrôler la pression. Les exercices devant un miroir fournissent au cerveau des informations visuelles qui favorisent la remappage cortical, tandis que le fait de fredonner peut favoriser une expiration contrôlée et l'activité des muscles respiratoires.
Les kinésithérapeutes prescrivent ces exercices car chacun d'entre eux sollicite de manière spécifique les fonctions sensorielles, motrices ou respiratoires. Les exemples suivants expliquent ce que chaque exercice inhabituel permet d'entraîner et pourquoi il peut trouver sa place dans un programme soigneusement élaboré.
Souffler dans une paille ou un ballon après une intervention chirurgicale thoracique ou abdominale
Une paille ou un ballon peut ressembler à un accessoire de fête qui n'a rien à faire à côté d'un lit d'hôpital après une intervention chirurgicale. Les soignants s'en servent pour créer une résistance lors de l'expiration, ce qui favorise une respiration plus lente et mieux contrôlée. Cet exercice peut également faciliter l'observation et le guidage de l'effort respiratoire.
Associée à une inspiration contrôlée, l'expiration avec résistance peut favoriser la mobilisation du volume pulmonaire après une chirurgie thoracique ou abdominale. Le choix du dispositif et du niveau de résistance doit tenir compte des précautions chirurgicales propres au patient, de son état respiratoire et de sa capacité à effectuer cet exercice sans effort excessif.
Lancer et rattraper une balle qui rebondit sur un mur dans le cadre d'une rééducation de l'épaule
Un patient qui joue seul à la balle contre un mur peut donner davantage l'impression de profiter d'une récréation que de suivre une rééducation. Chaque rebond modifie la force et le timing au niveau de l'épaule, ce qui oblige les muscles de la coiffe des rotateurs et de l'omoplate à effectuer des ajustements rapides et réflexes. Ces ajustements répétés entraînent la stabilisation rythmique, la proprioception et la co-contraction autour de l'articulation.
Les kinésithérapeutes introduisent généralement les lancers contre le mur à un stade avancé du programme de rééducation après une instabilité ou une reconstruction de la coiffe des rotateurs, une fois que la cicatrisation des tissus, l'amplitude de mouvement et la force de base permettent une sollicitation plus intense. La taille du ballon, la distance de lancer, la vitesse et la position du bras permettent au praticien d'ajuster le niveau de difficulté sans modifier l'exercice de base.
Marcher à reculons sur un tapis roulant
Marcher à reculons sur un tapis roulant donne l'impression que quelqu'un n'a pas reçu le mémo sur le sens de marche alors que tout le monde autour avance. La marche à reculons modifie les angles articulaires et les sollicitations musculaires, et peut déplacer la charge relative vers les extenseurs du genou par rapport à une marche normale vers l'avant.
Les kinésithérapeutes peuvent recourir à la marche à reculons sur tapis roulant dans le cadre de la prise en charge de l’arthrose du genou ou de la rééducation à la marche lorsque ce schéma de mise en charge modifié correspond aux résultats de l’évaluation. Cette direction inhabituelle exige également un placement délibéré du pied et une séquence motrice précise, ce qui offre aux praticiens un moyen contrôlé de mettre en pratique une stratégie de marche différente.
Chewing-gum ou exercices de la mâchoire pour l'articulation temporo-mandibulaire (ATM)
La rééducation de la mâchoire peut sembler contradictoire lorsqu’un kinésithérapeute limite la mastication tout en prescrivant des mouvements répétés de la mâchoire. La distinction réside dans le dosage et le contrôle. Les exercices prescrits par le clinicien s’appuient sur une amplitude, une direction, une résistance et un nombre de répétitions bien définis afin de détendre la mâchoire et d’améliorer sa mobilité. Les exercices de kinésithérapie de la mâchoire sont reconnus comme une option thérapeutique non invasive pour les troubles temporo-mandibulaires.
Le chewing-gum n'apporte pas le même stimulus contrôlé. Une mastication continue peut accroître la fatigue musculaire, la sollicitation articulaire, la douleur et la raideur au niveau d'une articulation temporo-mandibulaire (ATM) irritable ; c'est pourquoi la littérature considère généralement le chewing-gum comme un facteur aggravant potentiel plutôt que comme un exercice. Un kinésithérapeute peut prescrire des mouvements contrôlés d'ouverture, d'étirement ou de résistance, tout en demandant au patient d'éviter toute mastication répétitive et sans restriction.
La thérapie par miroir pour traiter la douleur du membre fantôme
Une méta-analyse réalisée en 2021 a montré que la thérapie par le miroir réduisait la douleur du membre fantôme par rapport aux groupes témoins, avec une différence moyenne standardisée combinée de -0,81. Ce bénéfice restait significatif à environ trois mois et six mois, bien que la petite taille des échantillons, les larges intervalles de confiance et les variations importantes entre les études aient limité le degré de certitude (Neurology Advisor).
Au cours du traitement, le patient observe le membre intact se déplacer dans le reflet du miroir, tandis que ce dernier masque le moignon. Le reflet crée un retour visuel représentant le membre manquant en train de bouger normalement, ce qui peut modifier la façon dont le cerveau interprète les signaux de mouvement et de douleur. Dans cette revue, la thérapie par miroir a largement surpassé la visualisation mentale et a également devancé les groupes témoins utilisant un miroir recouvert, bien que cette comparaison se soit appuyée sur un nombre plus restreint d’études. Les kinésithérapeutes devraient donc la considérer comme une option étayée par des données scientifiques encore en cours de développement, plutôt que comme une solution établie.
Rééducation olfactive en cas d'anosmie liée à une commotion cérébrale ou à la COVID-19
Prescrire de la rose, du citron, du clou de girofle et de l’eucalyptus comme exercices olfactifs à faire chez soi peut sembler relever davantage de l’aromathérapie que de la rééducation. Pourtant, la thérapie de rééducation olfactive utilise ces quatre catégories d’odeurs pour stimuler les voies olfactives après un traumatisme crânien léger ou une perte d’odorat post-virale persistante, y compris celle associée à la COVID-19.
Le protocole standard consiste à demander au patient de sentir chaque odeur pendant 10 à 20 secondes, une ou deux fois par jour, pendant au moins 12 semaines. À chaque exposition, le patient se concentre sur l'odeur et s'efforce activement de se remémorer son parfum, plutôt que de la humer passivement.
Une exposition répétée pourrait favoriser la guérison grâce à la capacité de régénération des neurones olfactifs. Le rappel ciblé entraîne également le cerveau à établir des liens entre les informations sensorielles reçues et les souvenirs olfactifs stockés, ce qui contribue à expliquer pourquoi la répétition et l’attention font toutes deux partie du traitement.
Chanter ou fredonner pour favoriser la respiration et le tonus vagal
Une séance de rééducation pulmonaire peut ressembler à un échauffement de karaoké lorsque les patients fredonnent, effectuent des trilles avec les lèvres et tiennent des notes. Le chant associe une inspiration brève à une expiration contrôlée et prolongée, ce qui sollicite le diaphragme et les autres muscles respiratoires de manière plus continue que la parole ordinaire. Les programmes de rééducation pulmonaire basés sur le chant associent généralement des exercices vocaux à des exercices de posture, de respiration diaphragmatique et d'expiration lente.
Une étude pilote randomisée et contrôlée de 12 semaines, menée auprès de 40 personnes atteintes de BPCO stable, a montré que l'entraînement vocal donnait de meilleurs résultats que l'éducation à la santé seule. La mobilité diaphragmatique dynamique a augmenté de 0,7 cm contre 0,1 cm. La distance parcourue en six minutes s'est améliorée de 52 mètres contre 5 mètres, et les scores relatifs à la qualité de vie respiratoire se sont également améliorés.
Les cliniciens peuvent évoquer le fait de fredonner en lien avec la régulation autonomique, mais cet essai n'a pas mesuré le tonus vagal. Le raisonnement avancé s'articule autour de l'activation des muscles respiratoires, du contrôle expiratoire et de la mécanique diaphragmatique.
Modèles de rampement pour la stabilité du tronc et des épaules chez l'adulte
Les « bear crawls » peuvent donner l'impression, lors d'une séance en clinique, qu'un groupe d'adultes imite des tout-petits. La position à quatre pattes fait porter le poids du corps sur les mains et sollicite le tronc et la ceinture scapulaire pour contrôler le mouvement tandis que les membres changent d'appui.
Les mouvements controlatéraux associent un bras à la jambe opposée, ce qui oblige le tronc à résister à la rotation et les muscles scapulaires à maintenir le contrôle de l’épaule. L’ajout de déplacements vers l’avant, vers l’arrière ou latéraux augmente l’effort requis sans isoler l’une ou l’autre de ces régions. La marche à quatre pattes offre donc aux kinésithérapeutes une alternative en chaîne fermée et sous contrainte aux exercices isolés du tronc et des épaules, la vitesse et l’amplitude pouvant être ajustées en fonction des capacités du patient.
Là où les cliniciens élaborent et attribuent des programmes de ce type
Même un exercice inhabituel nécessite des instructions claires et un moyen pratique d’évaluer la réponse. Les praticiens peuvent utiliser la bibliothèque de plus de 18 000 exercices et l’outil de création de programmes de recherche intelligent disponibles sur Physitrackpour élaborer un programme d’exercices à domicile, le prescrire et l’adapter au fur et à mesure que la rééducation progresse.


