Ce que vos programmes d'entraînement révèlent sur votre génération

Le même genou, trois formats, un après-midi
À 10 heures, une kinésithérapeute termine la séance avec un jeune homme de 19 ans qui s'est fait une petite entorse au genou en jouant au foot à cinq. Elle lui envoie sur son téléphone un lien vers une vidéo présentant les séries d'exercices pour les quadriceps, les flexions des ischio-jambiers et les descentes sur marche, qu'il pourra ouvrir d'un simple clic entre deux cours. Il souhaite enregistrer ses séries comme s'il s'agissait de répétitions sur un bracelet connecté, et c'est exactement ce qu'elle lui propose avant qu'il ne quitte le cabinet.
À 13 heures, ce même protocole est remis à un homme de 74 ans qui souffre plus ou moins du même genou. Elle l'imprime, surligne au marqueur jaune les deux exercices les plus importants, puis lui explique chacun d'entre eux en posant la feuille à plat sur la table entre eux. Il la plie et la glisse dans la poche de son manteau, puis hoche la tête.
À 15 heures, une troisième patiente demande quelque chose qu’elle pourra coller sur le frigo et voir tous les matins. La thérapeute plastifie la feuille pour qu’elle résiste aux éclaboussures de l’évier, et la patiente repart ravie avec un bout de papier qu’elle n’aura jamais besoin de déverrouiller pour consulter.
Trois patients, un après-midi, un programme d'exercices à domicile prescrit de trois façons différentes. Les séries de quadriceps n'ont pas changé. Les descentes de marche n'ont pas changé. Ce qui a changé, c'est la manière dont les exercices ont été présentés, et chaque patient a reçu la version qu'il était le plus susceptible de réaliser.
Voilà toute l’histoire, et la plupart des cliniciens la vivent déjà sans la nommer. Les exercices, c’est la partie la plus facile. C’est pendant la séance que les patients restent discrets ou se laissent tranquillement aller, et la thérapeute qui prend ces décisions perçoit quelque chose chez chaque personne dès qu’elle s’assoit. Ce qu’elle perçoit correspond le plus souvent à l’année de naissance de la personne.
Le patient qui privilégie son téléphone et souhaite que l'expérience soit similaire à celle d'une application
Les plus jeunes patients souhaitent que le protocole de rééducation du genou fonctionne comme les applications de fitness qu'ils utilisent déjà tous les jours. La jeune femme de 22 ans, atteinte du « genou du coureur », jette un coup d’œil à une liasse de feuilles agrafées, cligne lentement des yeux et demande s’il existe « une appli pour ça » avant même que le praticien ait fini d’énumérer le deuxième exercice. Elle ne cherche pas à compliquer les choses. Elle a passé des années à regarder un écran compter ses répétitions et s’illuminer lorsqu’elle avait terminé, et une feuille imprimée ne lui offre rien de tout cela.
Ce qu’elle souhaite réellement se cache derrière sa demande d’une application. Elle veut savoir si elle a correctement effectué le mouvement, et elle veut le savoir sur le moment, pas lors de son prochain rendez-vous dans deux semaines. Une vidéo de démonstration répond à la première question, car elle peut reproduire le mouvement image par image. L’enregistrement intégré à l’application répond à la seconde, car le fait de passer en revue les séries du jour lui indique qu’elle est sur la bonne voie. Les séries de jours consécutifs et les rappels permettent de garder cette habitude bien en vue sur le même téléphone qui gère déjà toute sa journée.
En remettant ce document à cette patiente, c'est comme si vous lui donniez des exercices tirés d'un manuel scolaire. Elle ne le jettera pas, mais il finira au fond d'un sac et y restera. Les exercices en eux-mêmes sont très bien. C'est le format qui lui demande de mémoriser, de se motiver et de s'auto-évaluer sans retour d'information, et c'est précisément ce qu'elle a du mal à faire et dont elle est consciente.
Les cliniciens interprètent parfois ce roulement d’yeux comme un manque de sérieux vis-à-vis du rétablissement. C’est généralement tout le contraire. Cette patiente note son sommeil, son nombre de pas et son apport en protéines, et elle notera également sa rééducation du genou si l’outil le lui permet. Donnez-lui un programme qu’elle peut ouvrir sur son téléphone, consulter, cocher et qui lui procure une petite satisfaction de voir ses progrès, et elle s’y tiendra plus régulièrement que la patiente qui hoche poliment la tête et prend la fiche. Ce n’est pas la nouveauté qui l’attire, mais le retour d’information instantané.
Le patient de la génération X qui veut les deux, au cas où
Le patient de la génération X clique sur le lien de l'application, puis demande, d'un ton presque contrit, si la réception peut également lui en imprimer une copie. Il n'est pas réticent à l'égard de la technologie. Il possède un smartphone, s'en sert avec aisance et n'hésitera pas à y enregistrer une séance. Il souhaite simplement disposer d'une copie de sauvegarde, car il a appris que les appareils tombent en panne précisément au moment où l'on en a le plus besoin.
Leur prudence découle de l’expérience, et non de l’entêtement. Un patient de la génération X a déjà cliqué sur un lien qui avait expiré, vu une page de connexion tourner en boucle à cause d’un mauvais signal, et vu son téléphone tomber en panne à 6 heures du matin, juste avant une séance de rééducation qu’il avait prévue. Compte tenu de ces antécédents, vouloir disposer d’un support papier qui ne risque pas de vous déconnecter constitue une mesure de sécurité raisonnable, et non un rejet de l’application.
Cela se voit à la façon dont ils formulent leur demande. Ils utilisent les vidéos de démonstration chez eux pour vérifier leur technique sur un mouvement dont ils n’ont qu’un vague souvenir, puis jettent un coup d’œil à la fiche imprimée rangée dans un placard de cuisine pour s’assurer qu’ils ont bien effectué les cinq exercices. Ces deux supports remplissent des fonctions différentes pour un même patient, et ils en sont conscients.
La réceptionniste le sait aussi, c’est pourquoi ce même document sur les genoux sort de l’imprimante une cinquantaine de fois par semaine. La moitié des patients qui partent avec un lien vers l’application reviennent quand même à l’accueil en sortant pour demander une version papier. L’accueil a cessé depuis longtemps de s’interroger là-dessus et se contente désormais de réimprimer le document sur demande sans faire de commentaires, car se disputer avec un patient au sujet du format auquel il fait confiance revient à gâcher l’après-midi de tout le monde.
Répondre à cette demande ne coûte pratiquement rien à la clinique et garantit une véritable observance, car un patient de la génération X disposant à la fois d'un lien fonctionnel et d'une version papier de secours a rarement une excuse pour manquer un rendez-vous.
Les patients de la génération du baby-boom et les patients plus âgés qui font confiance au papier
Cette femme de 80 ans, qui vient de subir une arthroplastie du genou, ne souhaite pas recevoir de lien par SMS sur son téléphone. Elle préfère que le soignant approche une chaise, pose la fiche devant elle et passe en revue chaque exercice ligne par ligne, tandis qu’elle hoche la tête et demande si elle a le droit de faire le troisième avant le petit-déjeuner. Pour elle, cette conversation constitue le traitement à part entière, et la fiche en est la trace écrite.
Si vous lui suggérez de télécharger une application au cours de la consultation, vous verrez l’ambiance changer. Elle sort son téléphone du fond de son sac à main et le tend à la praticienne, car elle préfère que celle-ci s’en charge à sa place ; la dernière fois qu’on l’a convaincue d’installer une application, celle-ci n’arrêtait pas d’envoyer des notifications qu’elle ne parvenait pas à désactiver. Dix minutes s’écoulent en une réinitialisation de mot de passe pour une application qu’elle n’ouvrira qu’une seule fois. À la fin, elle reste polie et impatiente d’en finir avec le téléphone, et vous savez tous les deux que c’est la version imprimée qui partira avec elle.
Interpréter cela comme de la technophobie, c'est passer à côté de ce qu'elle vous dit réellement. Elle fait confiance à un support qu'elle peut tenir en main, sur lequel elle peut annoter et qu'elle peut afficher sur le frigo, où elle le verra tous les matins à côté de la liste de courses. L'application, quant à elle, réside sur un appareil auquel elle n'a jamais entièrement confié quoi que ce soit d'important. La feuille se trouve dans sa cuisine, écrite de sa main une fois qu’elle y a ajouté ses propres notes, et elle remplit la seule fonction dont elle a besoin : lui rappeler ce qu’elle doit faire sans qu’elle ait à s’en souvenir ou à la chercher partout.
Son assiduité est souvent la meilleure de tout l'immeuble, car le papier ne tombe jamais en panne de batterie et ne lui demande jamais de se connecter. Elle fait les exercices parce que le support se trouve dans son champ de vision et ne lui demande rien avant de fonctionner. Donnez-lui le même protocole sous forme de code QR et il disparaîtra poliment, non par entêtement, mais parce que vous lui avez donné quelque chose en quoi elle n'a pas confiance pour contenir les instructions qu'elle a sincèrement l'intention de suivre.
Pourquoi l'adhésion découle de la confiance, et non de l'âge
Le patient qui fait confiance au format fait les exercices. Celui qui le tolère les a déjà oubliés dès le jeudi. Si l'on repense aux trois genoux de cet après-midi-là, on constate que les exercices en eux-mêmes n'ont jamais été la variable déterminante. L'adolescent aurait ignoré la fiche imprimée tout comme la personne de 74 ans aurait abandonné l'application. L'observance dépendait du format auquel chaque patient croyait déjà, et de rien d'autre.
L'âge est un indicateur approximatif de cette confiance, et non sa cause. De nombreuses personnes de 70 ans courent des marathons en s'aidant d'un téléphone, tandis que de nombreux jeunes de 25 ans préfèrent quelque chose qu'ils peuvent accrocher sur leur réfrigérateur. Ce qui détermine réellement si un programme à domicile sera suivi, c'est la mesure dans laquelle la présentation correspond à la manière dont le patient a déjà l'habitude de suivre les choses qu'il a l'intention de faire. Si vous lui proposez autre chose, vous ajoutez une étape de traduction entre la prescription et la mise en pratique.
Une clinique qui ne propose qu’un seul format perd une partie de chaque cohorte, et pas seulement celle qui saute aux yeux. Les cliniques proposant uniquement des documents papier perdent le patient qui privilégie le téléphone, qui souhaitait un retour d’information mais n’a jamais ouvert le dossier. Les cliniques proposant uniquement une application perdent le patient plus âgé qui a acquiescé poliment, est rentré chez lui et n’a rien fait parce que la connexion lui semblait fastidieuse. Chaque clinique part du principe qu’elle perd la minorité située aux extrémités, alors qu’en réalité, elle perd une fraction de l’ensemble de sa patientèle.
Ce frottement peut passer pour de l’entêtement générationnel, car les tranches d’âge se recoupent de manière si nette. Il s’agit pourtant davantage d’un décalage qu’un cabinet médical peut corriger. Lorsqu’un patient abandonne un programme, la première question à se poser n’est pas de savoir s’il manque de discipline, mais si vous lui avez présenté les exercices sous une forme à laquelle il aurait pu faire confiance.
Créer un programme, proposer trois formats
Les cliniques qui résolvent ce problème cessent de considérer ce format comme un choix à faire. Elles élaborent le protocole pour le genou une seule fois, puis l’adaptent en fonction de la manière dont le patient qui se trouve devant elles est susceptible de le suivre. L’adolescent reçoit un lien vers une application mobile avec vidéo et enregistrement des séances. La personne de 74 ans reçoit une fiche imprimée avec de la place pour surligner au surligneur. Les exercices proposés restent identiques, et le praticien consacre les mêmes dix minutes à élaborer le programme, quel que soit le patient qui se présente ensuite.
Le problème, c’est que la prise en charge de deux formats implique généralement de doubler la charge administrative. Vous créez la version pour l’application, puis vous la recréer sous forme de document destiné à être imprimé par l’accueil, et chaque modification doit désormais être effectuée deux fois. C’est là qu’une plateforme prend tout son sens. PhysiApp Physitrack PhysiApp un praticien PhysiApp proposer le même programme sous forme de vidéo avec suivi intégré à l’application pour les patients qui privilégient leur téléphone, ou de l’exporter au format papier pour ceux qui le préfèrent, le tout à partir d’un seul et même programme déjà créé. Pas besoin d’une deuxième version, ni de réimprimer un document qui a entre-temps été modifié.
Rien de tout cela ne supprime le jugement subjectif. Le kinésithérapeute continue d’évaluer la situation et de décider quelle formule convient le mieux à la personne, de la même manière qu’il évalue la situation pour déterminer s’il faut pousser l’amplitude de mouvement ou attendre encore une semaine. Ce qui change, c’est uniquement le coût d’une bonne décision. Proposer à une personne de 80 ans une fiche à afficher sur le réfrigérateur et à une personne de 22 ans un lien vers une application ne relève plus d’un choix entre deux processus, mais se résume désormais à deux clics.
La réceptionniste continue de réimprimer de temps à autre un document lorsque le téléphone tombe en panne en plein milieu d'une conversation. Cette tâche ne disparaîtra pas. Mais elle réimprime désormais une page tirée directement du programme en cours du patient, au lieu de retaper de mémoire le protocole du mois dernier, et c'est déjà la moitié du chemin parcouru.
