Reprise de l'activité physique après l'accouchement : guide clinique à l'intention des kinésithérapeutes
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En tant que kinésithérapeutes, nous jouons un rôle central dans l'accompagnement d'une reprise sûre et fondée sur des données scientifiques de l'activité physique après l'accouchement. Cet article présente les principes cliniques clés qui sous-tendent la rééducation physique post-partum.
Pourquoi l'activité physique est importante au cours de la première année suivant l'accouchement
Des études démontrent les bienfaits considérables de l'activité physique après l'accouchement :
- réduction de 45 % du risque de dépression
- Réduction de 37 % du risque d'incontinence urinaire
- Améliorations au niveau de l'IMC, des douleurs lombo-pelviennes, du sommeil, de l'humeur et du niveau d'énergie
Il est important de noter que le fait de commencer ou de reprendre une activité physique d'intensité modérée à vigoureuse au cours des 12 premières semaines suivant l'accouchement semble particulièrement bénéfique pour la santé mentale.
Pour les kinésithérapeutes, cela souligne l'importance d'un accompagnement précoce, adapté et personnalisé en matière d'exercices physiques.
Qui devrait faire de l'exercice après l'accouchement ?
En bref : la plupart des femmes en post-partum et des personnes ne présentant pas de contre-indications devraient pratiquer une activité physique.
Toutefois, certains tableaux cliniques nécessitent un examen médical avant la pratique d'une activité physique d'intensité modérée à vigoureuse, notamment :
- Saignements vaginaux abondants d'origine indéterminée
- Douleurs abdominales intenses
- Instabilité hémodynamique
- Cardiomyopathie post-partum
- Symptômes de la thrombose veineuse profonde
- Douleurs thoraciques ou symptômes neurologiques
Il s'agit de contre-indications relatives nécessitant un avis médical — et non d'une exclusion définitive de la pratique sportive.
Prescription d'exercices fondée sur des données scientifiques
Les données actuelles préconisent les objectifs suivants au cours de la première année suivant l'accouchement :
Au moins 120 minutes par semaine
Une activité physique d'intensité modérée à vigoureuse, répartie sur au moins 4 jours par semaine.
Cela devrait inclure :
- Entraînement d'endurance (par exemple : marche rapide, vélo, natation)
- Musculation
- Une approche combinée plutôt qu'une seule modalité
Entraînement quotidien des muscles du plancher pelvien (PFMT)
La pratique quotidienne de la PFMT réduit de 37 % le risque d'incontinence urinaire et figure parmi les recommandations les plus fermes des lignes directrices.
Étant donné qu'environ un tiers des femmes souffrent d'incontinence urinaire au cours de la première année suivant l'accouchement, le dépistage des troubles du plancher pelvien et la correction des techniques devraient faire partie intégrante de l'évaluation kinésithérapeutique.
Mobilisation précoce : commencez en douceur
La mobilisation précoce est recommandée, y compris après un accouchement par césarienne. Des études montrent que la marche précoce réduit les complications postopératoires.
Objectif initial :
- Marche tranquille
- Activités quotidiennes légères
- Exercices du plancher pelvien
Il convient de passer à une intensité modérée à vigoureuse lorsque :
- Les incisions ou les déchirures périnéales sont cicatrisées
- Les saignements vaginaux n'augmentent pas avec l'activité physique
- La douleur peut être maîtrisée
Sur le plan clinique, la réponse hémorragique peut servir de marqueur pratique de la tolérance.
L'évolution doit être évaluée en fonction des symptômes, et non en fonction du temps écoulé
L'un des principes fondamentaux de la rééducation post-partum est une progression personnalisée, progressive et axée sur les symptômes.
Plutôt que de vous en tenir à des « règles strictes de six semaines », tenez compte d’indicateurs de préparation tels que :
- Cicatrisation des plaies
- Maîtrise des symptômes liés au plancher pelvien
- Prise en charge des douleurs musculo-squelettiques
- Disponibilité énergétique
- Stabilité en matière de santé mentale
- Qualité du sommeil
Évitez de reprendre trop rapidement un entraînement à fort impact si :
- Les saignements abondants persistent
- On constate un dysfonctionnement du plancher pelvien
- La douleur ou la fatigue s'aggrave
Rééducation du plancher pelvien et des muscles profonds
Plancher pelvien
La pratique quotidienne de la PFMT est indispensable. Le suivi technique permet d'améliorer les résultats.
Il est vivement recommandé de procéder à un dépistage des troubles post-partum et, le cas échéant, d'orienter les patientes vers des spécialistes de la santé pelvienne.
Rééducation du tronc
Il convient de commencer dès que possible, dans la mesure où le patient le supporte, un réentraînement abdominal en douceur. Évitez les exercices qui provoquent un bombement ou un renflement de l'abdomen.
Intégrer progressivement les fonctions du plancher pelvien et des muscles profonds du tronc pour former un ensemble coordonné.
Allaitement maternel et disponibilité énergétique
L'activité physique n' a pas d'effet négatif sur la qualité ni la quantité du lait maternel, ni sur la croissance du nourrisson.
Cependant, l'allaitement entraîne une augmentation des besoins caloriques de 450 à 500 kcal/jour.
Une faible disponibilité énergétique peut entraîner :
- Aménorrhée
- Récupération altérée
- Fatigue
- Problèmes liés à la santé osseuse
- Faible production de lait
Pour les patientes actives qui allaitent, les kinésithérapeutes doivent tenir compte des éléments suivants :
- Apports nutritionnels
- Hydratation
- Niveaux de fatigue
- Anémie éventuelle
Santé mentale : les 12 premières semaines sont cruciales
Entre 14 et 23 % des femmes en post-partum souffrent de dépression ou d'anxiété.
La pratique d'une activité physique au cours des 12 premières semaines suivant l'accouchement est associée à :
- Diminution de la gravité de la dépression
- Amélioration de l'anxiété
- Un sommeil de meilleure qualité
Étant donné que la dépression post-partum atteint souvent son paroxysme au cours de ce « quatrième trimestre », les kinésithérapeutes sont particulièrement bien placés pour favoriser la reprise précoce et en toute sécurité d'une activité physique dans le cadre d'une approche de soins pluridisciplinaire.
Les cas graves nécessitent une prise en charge spécialisée : l'activité physique apporte un soutien, mais ne remplace pas un traitement en santé mentale.
Sommeil et sédentarité
Plus de la moitié des femmes en période post-partum font état d'une mauvaise qualité de sommeil. Les recommandations devraient inclure :
- Sensibilisation à l'hygiène du sommeil
- Éviter une sédentarité prolongée (> 8 heures par jour)
- Interrompre les longues périodes en position assise
De petits changements de comportement peuvent favoriser le rétablissement et la santé mentale.
Gérer les obstacles au retour à l'activité physique
Parmi les obstacles courants, on peut citer :
- Dysfonctionnement du plancher pelvien
- Diastasis des grands droits
- Douleurs musculo-squelettiques
- Peur du mouvement
- Fatigue
- Manque de soutien
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Chaque parcours post-partum est unique. Il est essentiel d'adapter les recommandations au contexte physique, psychologique et social de chaque personne.
Points clés à retenir sur le plan clinique pour les kinésithérapeutes
- Visez au moins 120 minutes par semaine d'activité physique d'intensité modérée à vigoureuse.
- Encouragez la pratique quotidienne de la PFMT.
- Encourager la mobilisation précoce.
- Des progrès évalués en fonction des symptômes et de la guérison, et non selon des délais arbitraires.
- Procéder systématiquement à un dépistage des troubles du plancher pelvien.
- Tenez compte de la santé mentale, du sommeil, du niveau d'énergie disponible et des besoins liés à l'allaitement.
- Lutter contre la peur et les obstacles psychosociaux.
Même une application partielle des recommandations apporte des bienfaits significatifs pour la santé. La période post-partum ne consiste pas simplement à « retrouver » la forme physique d’avant la grossesse, mais à développer une résilience physique et psychologique à long terme.
Références
Davenport, M. H., Ruchat, S. M., Jaramillo Garcia, A., Ali, M. U., Forte, M., Beamish, N., Fleming, K., Adamo, K. B., Brunet-Pagé, É., Chari, R., Lane, K. N., Mottola, M. F., & Neil-Sztramko, S. E. (2025). Recommandations canadiennes 2025 concernant l’activité physique, la sédentarité et le sommeil au cours de la première année suivant l’accouchement. British journal of sports medicine, bjsports-2025-109785. Publication en ligne anticipée. https://doi.org/10.1136/bjsports-2025-109785
